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VALÉRIE BOBO : “Les artistes font de l’innovation un jeu permanent, un plaisir, une nécessité”

Quinze ans après Mona Lisa – une société qui propose de nouvelles approches en management et marketing à travers l’art – Valérie Bobo lance Mona Lisa Factory. Complétant les actions de Mona Lisa, cette start-up vise à développer les résidences d’artistes en entreprises. Rencontre avec une business woman passionnée par le génie artistique. 

 

D’où vous est venue l’idée de créer Mona Lisa ?

Du contexte et de mes expériences. Au début des années 2000, je suis passée par la direction marketing et le management consulting. À l’époque, les questions de création, d’innovation et d’agilité prenaient plus d’importance. J’ai alors pensé que l’entreprise utilisait des outils devenus incomplets. À mon sens, les méthodes pratiquées prenaient insuffisamment en compte la dimension imaginaire, symbolique et émotionnelle des choses. J’ai constaté que la réussite des projets menés n’est pas seulement due à la meilleure des stratégies, mais aussi aux détails qui permettent de se démarquer.  En effet, si on ne considère que le côté rationnel des réalités, on ne s’adresse pas à l’homme dans son entièreté. Or les artistes adore explorer, réinventer, bousculer l’ordre établi. Ils font de l’innovation un jeu permanent, un plaisir, une nécessité. Je me suis donc demandé si il n’y avait pas des ponts à imaginer entre eux et les entreprises, des passerelles qui soient au-delà du mécénat. Évidemment, faire travailler ces deux opposés a suscité des appréhensions, d’un côté comme de l’autre. Toutefois, les choses ont beaucoup évolué en quinze ans. Aujourd’hui, nombre de sociétés s’ouvrent à ce type de démarche. Quant aux artistes, ils s’aperçoivent que l’entreprise est un lieu passionnant à explorer : ils y trouvent de l’activité, des moyens et même des intérêts communs avec  (notamment dans le domaine du luxe). Grâce à quoi, avec Mona Lisa, je travaille sur des sujets tels que la mobilisation des hommes, l’accompagnement de transformation, l’incarnation de valeurs, etc. Je peux répondre à une problématique d’entreprise avec des démarches artistiques.

 

Et Mona Lisa Factory ?

Il s’agit d’une offre que j’ai développée à la demande d’un client. Ce dernier souhaitait mettre en place une résidence d’artistes dans son entreprise.

L’idée ? Plutôt que du coaching, du consulting ou encore du training – formes extérieures à l’entreprise – il s’agit de faire entrer l’élément de transformation au cœur de l’entreprise. Voilà pourquoi je parle d’hybridation : faire ensemble et « devenir » ensemble. La fierté d’agir différemment est une autre façon de regarder son quotidien.

Je me suis également beaucoup inspirée de ce que j’ai vu en Californie, où cela se pratique de plus en plus. Il y a là-bas un certain nombre d’entreprises – comme Facebook ou Adobe – qui le font pour des questions d’innovation, de culture d’entreprise ou de communication externe.

 

Concrètement, en quoi l’offre de Mona Lisa Factory diffère-t-elle du mécénat, ou de la direction artistique ?

Effectivement, les termes “art” et “entreprise” mêlés font immédiatement penser à ces deux activités, mais la réalité est toute autre. Par rapport à la direction artistique, il ne s’agit pas, pour les artistes en résidence, de travailler sur l’identité visuelle ou stylistique de l’entreprise. Concernant le mécénat, la différence reste plus subtile car cette pratique sous-entend un cadre fiscal et contractuel spécifique.

Dans une résidence d’artistes en entreprise, nous proposons un partenariat. Ce n’est pas une relation de salarié ou de prestataire, mais un autre type d’échange. Les artistes y trouvent l’intérêt d’un nouveau contexte de travail, avec de nouvelles ressources à explorer (comme les matières). Par exemple, sur un projet récent chez Weber Saint-Gobain, une sculptrice a créé son oeuvre en toute liberté. Pour la réaliser, elle a impliqué l’ensemble des salariés et s’est appuyée sur les matériaux fournis par la société. De son côté, Weber Saint-Gobain y a tiré des bénéfices en termes d’image et de cohésion d’équipe.

 

Quelle est la valeur ajoutée de Mona Lisa Factory ?

Un élément-clé : avoir les bons artistes pour chaque projet. En quinze ans, j’ai tissé un large réseau d’historiens de l’art, de galeristes, de critiques, de plasticiens, etc. Aussi, je parviens toujours à trouver quelqu’un d’intéressé par telle ou telle mission. La question reste d’avoir la bonne personne, celle avec qui vous pouvez prendre des risques.

Enfin, c’est chaque fois le même jeu passionnant : repérer le décalage qui pousse à s’interroger, dans lequel on découvre du plaisir, provoque le pas de côté, amène à regarder son univers différemment. Si une entreprise cherche à évoluer, c’est pour voir plus grand, plus large. Nos projets visent à faire observer les choses d’une autre manière, afin d’élargir le regard et devenir plus performant.

 

Dans un cas comme Facebook, en quoi les résidences d’artistes ont-elles permis d’enrichir la culture d’entreprise ?

Concernant Facebook, la société a grandi avec une sorte de « hacker spirit », un esprit qu’il faut entretenir. Avoir des artistes en résidence aide à développer cette philosophie. Là, le projet reste complètement interne. Pendant environ deux mois, des créateurs invités par Facebook viennent travailler sous les yeux des salariés. Là-bas, artistes et employés se rencontrent régulièrement autour d’un débrifing ou d’un workshop. Le but : que les cadres côtoient des personnes qui les poussent à s’interroger sur des choses qu’ils n’auraient même pas imaginées, que ça bouge en permanence… Je ne vais pas dire que la culture de Facebook tient là-dessus, mais cela en fait partie.

 

En terme de management, gérer des artistes aide-t-il à développer des compétences ? 

Avec des artistes engagés dans une démarche de création, vous faites l’expérience du lâcher-prise. Vous apprenez à regarder un problème différemment, à vous nourrir de nouvelles interrogations, à laisser vos sens enrichir vos perceptions d’un sujet. Les artistes s’avèrent d’excellents entraîneurs d’agilité pour les entreprises.

 

Clémence d’Halluin